L'avenir des 13 pôles évalués en catégorie C: fusion ou reconfiguration?

Le 18 Mai 2009, le pôle Move'o annonçait sa fusion avec le pôle MTA (Poitou-Charentes), un des 13 pôles dont les résultats avaient été jugés décevants par les auditeurs, par rapport aux objectifs de la politique des pôles. Le pôle MTA a donc choisi de se rapprocher du pôle mondial Move'o lui même issu de la fusion de deux projets initiaux. La presse voit là un signe menaçant pour la survie des 12 autres pôles de cette catégorie.(Cf. articles des Echos édition du 15 Mai 2009)

Pourtant la plupart de ces pôles ont pris en compte les indications des auditeurs et se sont efforcés de changer en conséquence. Ici on observe un pôle dont la gouvernance évolue pour être plus ouverte à des acteurs plus variés notamment les PME, là on observe une modification des processus d'émergence des projets, dans un autre cas, le pôle cherche à clarifier son positionnement stratégique. Ces 12 pôles sont suivis plus étroitement par l'Etat. Celui-ci annoncera probablement à la fin de l'année quel sera le devenir de ces initiatives qui ont mis plus de temps que d'autre à bien intégrer les logiques du bon fonctionnement d'un pôle, malgré leurs efforts de construction d'un projet pour le collectif et pour le territoire.


Les suites de l'évaluation des pôles: la version 2.0

A la suite de l’évaluation rendue publique en juin dernier, l’Etat a lancé  le 1er octobre 2008, la version "2.0" de sa politique de pôle avec les inflexions suivantes (voir le site des pôles de compétitivité pour l’ensemble des documents présentés le 1er octobre):
A l’avenir  les Pôles devront progresser fortement sur plusieurs points (élaboration de leur stratégie, équilibre PME/grandes entreprises dans les projets et en termes de propriété industrielle, articulation Pôles-appareil de formation, développement durable)

Cette seconde phase vise à libérer les initiatives, à simplifier le dispositif, sans contraindre les pôles. Elle s’organise autour de trois axes :

1.    Labellisation, animation, pilotage stratégique.

Cet axe s’appuie notamment sur :
-    le renouvellement du label « pôle de compétitivité » pour trois ans, sans labellisation de nouveaux pôles à l’exception du secteur des éco-technologies ;
-    la mise en place d’un contrat de performance entre les pôles, l’Etat et les collectivités territoriales, liant le soutien financier à l’atteinte d’objectifs stratégiques, mesurée par des évaluations plus régulières, qui à terme ne porteront plus seulement sur la dynamique, mais aussi sur les résultats des pôles. Les pôles sont par conséquents invités à établir une stratégie à moyen-long-terme, incluant une dimension européenne ou mondiale ;
-    la simplification des relations entre pôles, Etat et collectivités territoriales, grâce au renforcement des interfaces ;
-    l’encouragement de la coordination entre pôles présentant des caractéristiques communes ou complémentaires.

2.    Modalités de soutien financier.

Le financement des pôles par l’Etat a été reconduit pour la période 2009-2011 à hauteur de 1,5 milliard d’Euros avec toutefois la volonté d’encourager l’intervention de financeurs privés aux pôles (clubs de business angels par exemple).
Parmi les financements dédiés (600 millions d’Euros par le FUI), 105 millions d’Euros vont être consacrés à des projets structurants, c’est-à dire des plateformes d’innovation, permettant l’acquisition collective par plusieurs acteurs du pôle d’équipement ou de matériel commun, afin de matérialiser la coopération et de faciliter l’ancrage territorial.

3.    Développement d’un éco-système de croissance et d’innovation. La prise en compte de l’environnement du pôle est essentielle : l’apparition de nouveaux dispositifs (PRES, RTRA, Instituts Carnot, etc.) vient modifier l’environnement, et peut favoriser des synergies. Les liens avec les autres réseaux d’entreprises (SPL, clusters, etc.) doivent être renforcés.

On attend d’être fixé, fin juin 2009, sur le destin des 13 pôles aux performances jugées insuffisantes l’an dernier
Les régions sont mieux associées à la politique des pôles :
•    signature d’un contrat de performance Etat/Région/pôle
•    un « interlocuteur unique » du pôle au niveau de la gestion du FUI et en région
•    une     insistance sur les plateformes technologique, équipements collectifs locaux auxquels sont associées les Régions

Sans affirmer une volonté de se désengager, l’Etat insiste sur la nécessité d'une parité publique / privée concernant le financement des structures d’animation. 

Il faut noter que certaines suggestions de BCG-CMI n’ont pas été suivies:
Refus de supprimer le zonage que pourtant la plupart des directeurs de pôles jugeaient contreproductifs à l’expérience


L'évaluation des pôles, Juin 2008

L'évaluation des pôles de compétitivité commanditée par le gouvernement fin 2007 a été organisée autour de deux axes : une évaluation globale de l’efficacité du dispositif de soutien public (réalisée par BCG), et une évaluation individuelle de l’activité et des projets de chacun des pôles (réalisée par CMI), afin de constituer un outil d’aide à la décision en ce qui concerne la politique des pôles et de proposer de nouvelles orientations stratégiques pour le dispositif et pour chacun des pôles. Bien que chargés chacun d’un axe de l’évaluation, ces deux cabinets ont travaillé conjointement afin de proposer, dans le respect du cahier des charges établi par la DIACT, une réflexion complète sur la dynamique et la structuration des pôles, autour des sept thèmes suivants :

-    stratégie,
-    gouvernance/animation,
-    projets R&D,
-    ancrage territorial,
-    gestion des compétences,
-    implication des PME,
-    développement durable.

L'étude a été réalisée à grande échelle, en utilisant deux types de données : des données quantitatives recueillies par des questionnaires en ligne, et des données qualitatives recueillies par entretiens auprès de plus de 1000 acteurs des pôles. Un benchmark international a également été mené.

Les évaluateurs ont souligné que le dispositif est globalement un succès à ce stade (dynamisme des pôles, nombre et diversité des projets soumis,  implication des acteurs)
Il n’y a pas eu de saupoudrage des ressources, car les financements des projets sont très concentrés sur les pôles principaux (10 pôles recueillent 55% des financements nationaux, les 6 suivant 20%, les 55 autres se partagent le quart restant)

L’analyse a mis en évidence les besoins et enjeux suivants :
•    un retour aux fondamentaux : quel projet stratégique pour le pôle ? (stratégie construite et en devenir) ;
•    la gouvernance et l’animation du pôle : composition de l’équipe d’animation, nécessité de financements publics et privés, besoin de relais autour des acteurs fondateurs, etc. ;
•    la maîtrise du cœur de métier (monter et accompagner des projets de R&D, y compris dans la phase post-projet) avant de déployer d’autres services ;
•    la création de valeur ajoutée pour tous les clients, et en particulier le soutien aux PME (dans l’étude, sont considérées comme PME les entreprises indépendantes de moins de 2000 salariés, selon la classification européenne, avec toutefois une distinction entre PME < ou > à 250 salariés) ;

•    la mesure du retour sur investissement pour les territoires.

Cette évaluation a permis de présenter le 18 juin 2008 un rapport et des recommandations envers les pôles et envers le gouvernement (voir la synthèse du rapport d’évaluation).

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